Transitivité et intransitivité

PublicationFacebook-106

Qui ne s’est jamais inquiété d’arriver à choisir les bonnes prépositions avec les bons verbes dans toutes les situations? Il s’agit en effet d’un défi que les usagers du français dont la langue maternelle n’est pas cette dernière ont parfois du mal à maîtriser. Lorsque l’on doit apprendre une langue à l’âge adulte, il n’est pas rare de se heurter à des difficultés qui semblent (de prime abord) insurmontables. Pourtant, si l’on prend la chose sous un angle différent, on s’approche du succès tant désiré.

C’est le cas, je crois, de l’utilisation des prépositions. Si l’on aborde la question en tentant de mémoriser toutes les possibilités, il y a de fortes chances que la tâche devienne monstrueuse. Cependant, la notion de transitivité et d’intransitivité peut venir à notre secours.

Dans un sens, savoir que certains verbes n’ont pas besoin de complément et que certains autres en exigent ne nous dit pas quelle préposition sera exigée dans le cas d’un verbe transitif indirect, mais connaître quels verbes demandent une préposition avant leurs compléments indirects est un atout indéniable lorsqu’il s’agit d’au moins, ne pas calquer sur l’anglais nos constructions du groupe verbal.

Revenons donc en arrière d’un pas et tentons de comprendre ces phénomènes que sont la transitivité et l’intransitivité. D’abord, il faut pouvoir se représenter que le verbe est certainement le mot le plus important de la phrase. Je dirais qu’il en est le cœur. Tantôt, il sera une action (verbe d’action) ou représentera un état (verbe d’état). De plus, les verbes d’action se déclinent de trois façons (voix active, passive ou pronominale). Cela dit, le sujet sur lequel nous nous pencherons dans ce billet concerne la transitivité et l’intransitivité qui est une autre des nombreuses propriétés du verbe.

Commençons par le verbe intransitif qui est caractérisé par la non-présence d’un complément d’objet (direct ou indirect). En effet, de tels verbes ne sont jamais accompagnés d’un complément direct parce que leurs propriétés font en sorte qu’on ne peut les construire avec un complément d’objet direct ni indirect. Le verbe intransitif ne peut pas avoir de complément direct ou indirect parce que l’action qu’il décrit ne concerne que le sujet et ne peut s’étendre à un objet. C’est le cas du verbe nager. Vous conviendrez avec moi qu’il est impossible de dire Je nage + qui? ou encore Je nage + quoi. Il est aussi impossible de lui ajouter une préposition comme à ou de puisque ces dernières introduiraient un complément d’objet indirect et que le verbe nager est un verbe intransitif par sa nature.

Passons maintenant aux verbes transitifs. Il est possible de rencontrer des verbes transitifs directs ou indirects. Les premiers donnent lieu à un complément d’objet direct et les deuxièmes, vous l’aurez compris, donnent lieu à un complément d’objet indirect. Prenons par exemple le verbe écouter. Dans la phrase, Le chien écoute son maître, nous avons un complément d’objet direct. Le moyen de le vérifier est de poser la question : le chien écoute qui? Puisque la question est directe, nous avons bien un complément d’objet direct qui est : son maître. C’est donc que le verbe écouter est un verbe transitif direct.

Dans le cas des verbes transitifs indirects, nous aurons une préposition qui se glissera entre le verbe et son complément. C’est à cause de celle-ci que nous dirons que le complément est indirect. Le verbe est séparé de son complément par une préposition. Prenons donc le verbe obéir. Dans la phrase Le chien obéit à son maître, nous obtenons un complément d’objet indirect puisque la question à poser est : Le chien obéit à qui? De cette observation toute simple découle un fait : le verbe obéir est un verbe transitif indirect qui nécessite la préposition à.

Ainsi, deux phrases construites de la même manière changent de nature si l’on change le verbe. De là, en partie, l’importance du verbe soulignée plus tôt. Observez maintenant ce phénomène : la phrase Il évoque son enfance est construite à partir d’un verbe transitif direct (Il évoque quoi? Son enfance); tandis que la phrase Il se souvient de son enfance est construite à partir d’un verbe pronominal transitif indirect (il se souvient de quoi? De son enfance). La différence de sens entre les deux phrases est très mince. Évoquer et se souvenir sont deux verbes dont le sens est très proche et peuvent, dans cette situation particulière, être interchangeables. Par contre, la nature des deux verbes diffère puisque l’un est transitif direct et l’autre indirect. Ce qui nous amène à une observation de première importance : plusieurs prépositions sont attachées à des verbes transitifs indirects et devraient être apprises en même temps que la conjugaison du verbe. Cette habitude pourrait améliorer de beaucoup l’utilisation des prépositions puisqu’au lieu de calquer les constructions anglaises, on comprendrait la nature du verbe dans la langue tierce, dans ce cas-ci en français, dès l’acquisition du verbe, même en tant que vocabulaire de base.

Cette approche représente exactement ce qu’on appelle penser en français, afin d’éviter les erreurs grossières de traduction, les anglicismes, etc. Les phrases telles que : Je cherche pour de l’aide seraient à tout coup évitées si l’on avait préalablement pris conscience du fait que le verbe chercher est un verbe transitif direct en français.

Finalement, il faut garder en tête que certains verbes peuvent s’utiliser de façon transitive directe et indirecte selon les situations ou encore être transitifs et intransitifs selon les situations. C’est le cas de la plupart des verbes. Prenons le verbe fleurir. On peut dire : Les cerisiers fleurissent (intransitif); et on peut affirmer tout aussi bien : L’infirmière a fleuri ma chambre (transitif direct). On trouve également des phrases telles que : Je pense qu’il m’aime (transitif direct); et aussi : Je pense à toi (transitif indirect). Il s’agit pourtant, dans tous les cas, du même verbe. Ce qui signifie que la mémorisation des prépositions associées aux verbes demande de la méthode, mais qu’une fois qu’elle est acquise, on assistera à une amélioration spectaculaire de la construction syntaxique du groupe verbal. De fait, il n’est pas nécessaire d’apprendre par cœur toutes les formes possibles, mais d’en comprendre la nature. Aussi, lors de l’expression écrite ou orale on laissera derrière nous la traduction — fort périlleuse — en matière de prépositions et l’on tentera de devenir conscient des constructions verbales françaises.

En outre, comprendre le français dans son essence ou dans son esprit demande un approfondissement de la connaissance de la nature des verbes. Chaque verbe compris dans ses propriétés devient un verbe avec lequel on sera à l’aise, confiant et un peu plus… francophile!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>