Les liaisons : celles qu’on prononce, celles qu’on ne prononce pas

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Il est de ces concepts qui peuvent effrayer les apprenants qui commencent leur conquête du français. Les lettres muettes (une multitude de lettres qui peuvent sembler inutiles aux néophytes) sont pourtant possibles à apprivoiser. Il est fort probable que plusieurs compétences soient affectées par l’incompréhension du phénomène qu’on désigne comme les liaisons, lorsque nous ignorons ses lois. En effet, les lettres qu’on a apprises en tant que muettes deviennent audibles et lient les mots en les rendant aussi difficiles à distinguer à l’oral qu’à prononcer soi-même. Comment s’y retrouver? Alors, les quelques grandes lignes exposées dans ce billet vous aideront à franchir la première étape.

Premièrement, sachez qu’il existe des liaisons obligatoires, d’autres, interdites, et d’autres facultatives. Si, à les entendre, vous ne reconnaissez plus les mots de vocabulaire que vous avez durement appris, c’est qu’elles sont si naturelles aux francophones, qu’elles lient les mots si bien que parfois, on n’entend pas la démarcation à moins d’un entraînement méticuleux qui pourrait très bien commencer par l’initiation à leurs règles. Idéalement, dans l’apprentissage d’une langue, même seconde, il y a une grande part d’imitation en parallèle à l’enseignement des concepts grammaticaux. Vous pourrez donc d’ores et déjà observer en pratique comment on prononce les mots à l’intérieur d’une phrase tout simplement en écoutant la télévision, vos tuteurs, la radio, etc. Avec l’appui de connaissances théoriques, votre conscience s’aiguisera plus vite et vous mènera vers une maîtrise de la prononciation assez tôt dans votre cheminement.

Les liaisons obligatoires

D’abord, je voudrais préciser ce qu’est une liaison. Il s’agit de la dernière consonne d’un mot qui, normalement, est dite muette, mais que l’on prononcera pour lier ce mot au suivant, qui lui, vous l’aurez deviné, commence par une voyelle. Il n’est pas question, lorsque l’on parle de liaisons obligatoires, de niveau de langue. En effet, même dans le « joual » le plus incompréhensible de la communauté la plus reculée du Canada francophone, les liaisons obligatoires sont observées. Voici les contextes les plus fréquemment rencontrés où la liaison est obligatoire :

  • les liaisons sont obligatoires lorsqu’un déterminant de toute nature (possessif, défini, indéfini, etc.) précède un nom ou un adjectif placé devant le nom;

Les amis (prononcé : les zamis)

Mes amis (prononcé : mes zamis)

Quels adorables enfants! (prononcé : quel zadorable zenfant) 

  • La liaison est également obligatoire dans le cas où l’adjectif est placé devant le nom;

Il y a un gros arbre sur la route (prononcé : gro zarbre) 

  • La liaison est obligatoire entre un pronom (sujet ou objet) et le verbe ainsi qu’entre deux pronoms (les prépositions composées de plus d’une syllabe peuvent être liées au mot qui la suit, mais cela demeure facultatif);

Vous avez bonne mine (prononcé : vou zavez bonne mine)

Allez-vous-en! (prononcé : allez-vou-zen) 

  • La liaison est obligatoire entre une préposition ne comportant qu’une syllabe et le mot qui la suit;

Appelez-moi dans une heure (prononcé : appelez-moi dan zunneure)

  • On doit lier un adverbe et un adjectif qui le suit (sauf pour les adverbes en ment dont la liaison est facultative);

Êtes-vous sûre d’avoir été bien honnête? (prononcé : bien nonnête) 

  • Finalement, la liaison est aussi obligatoire dans certaines locutions et dans certains mots composés.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid (prononcé : peti tà peti)

                               Le porc-épic n’est pas un animal amical (prononcé : porképique)

Les liaisons interdites

En revanche, certaines liaisons, au lieu d’être oubliées, sont ajoutées de façon fautive. Il est donc tout aussi impératif de maîtriser les liaisons que l’on doit faire autant que celles qui ne doivent pas se faire. Voici donc une liste des plus courantes situations où l’on retrouve des erreurs :

  • on ne doit pas faire de liaison lorsqu’il y a une pause dans la phrase, c’est-à-dire lorsqu’il y a un signe de ponctuation; 

Hommes, femmes, enfants, tout le monde debout! (aucune liaison) 

  • aucune liaison après la conjonction et; 

J’ai un garçon et une fille. (aucune liaison) 

  • il n’y a jamais de liaison après un nom singulier. Par conséquent, il n’y a pas de liaisons entre un nom singulier s’il est sujet et le verbe qui le suit ni entre un nom singulier et l’adjectif qui le suit; 

Cet enfant est très impoli. (aucune liaison) 

  • La liaison est interdite devant les noms qui commencent par un y et par le son oui; 

Mangeras-tu ces yogourts? (aucune liaison)

Dessine un huit. (aucune liaison) 

  • Il n’y a pas de liaisons entre les éléments de certains noms composés au pluriel;

Aujourd’hui, j’ai vu deux arcs-en-ciel (prononcé : j’ai vu deu zarkenciel) 

  • Les prépositions à travers et selon ne se lient pas au mot qui les suit; 

 Selon une experte reconnue… (aucune liaison) 

  • Finalement, on ne fait pas de liaisons entre le s de la deuxième personne du singulier au présent de l’indicatif et au subjonctif avec le mot qui le suit; 

Je préfère que tu partes immédiatement (aucune liaison) 

Comme je l’ai mentionné, certaines liaisons sont facultatives et peuvent donc être prononcées ou non selon le niveau de langue ou les habitudes du locuteur. Toutefois, il existe certaines indications quant à leur utilisation. En adoptant une écoute stratégique, vous pourrez acquérir certaines autres liaisons par exemple, celles entre le nom pluriel et l’adjectif ou le complément du nom qui le suivent ou encore celle que l’on peut entendre dans des contextes de langue formelle entre les auxiliaires avoir et être et leur participe passé et les verbes du premier groupe à l’infinitif et le mot qui le suit.

Si les liaisons vous donnent des maux de tête, soyez prudents et tenez-vous-en aux liaisons obligatoires, mais rappelez-vous une chose importante : certaines liaisons sont aussi inventées. C’est-à-dire que les locuteurs insèrent de fausses consonnes entre deux mots par erreur. L’exemple le plus frappant et le plus commun est celui des déterminants numéraux vingt et cent qui ont une règle d’accord assez particulière. On a tous déjà fait cette erreur que de dire : J’ai vu vingt oiseaux (prononcé vin zoiseau). Or, comme le déterminant n’est pas multiplié, il demeure invariable et le son « z » n’a pas du tout lieu d’être prononcé. Ainsi, la vigilance est de mise! Cependant, comme dans tout exercice, répétez, répétez, répétez, et le jour viendra où l’on ne saura plus que le français est pour vous une langue tierce parce que vous aurez conquis les secrets d’une prononciation juste et claire une liaison à la fois!

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